IL s’appelait Mouammar

 Ayi 1Au détour d’une discussion un soir avec mon ami et frère Ayi Hillah, il m’annonça la sortie prochaine de son nouveau roman qui porte un titre très évocateur : Il s’appelait Mouammar. J’étais très curieux de connaître le contenu de ce roman qui, pour moi, par son titre déjà, s’ouvre sur l’Histoire. Ma plus grande interrogation portait sur comment elle va être racontée, cette histoire. Sera-t-elle dans la veine d’une œuvre idéologique ? Ou sera-t-elle gouvernée par un parti pris, une posture presque évidente surtout qu’écrit par une main africaine ?

Ce roman qui est un projet de réflexion sur l’histoire récente de la Lybie du Guide Mouammar Kadhafi est une histoire passionnante qui met en scène deux auteurs liés par le pacte sacré de l’amitié. Kenyon le belge et Mustafi l’arabe. Après avoir quitté la Lybie au début des hostilités, Kenyon y retourna juste à la fin de la guerre pour honorer sa parole, car il fit la promesse de revenir Inch Allah, voir son ami.

Ce récit loin d’être un manifeste ou une espèce de revanche, est très romancé et montre toute la richesse culturelle de cet espace où se côtoyaient plusieurs groupes ethniques dans une harmonie presque parfaite. L’on pourrait entendre presque ce chant de l’âme qui émane de l’esprit des dunes de sable doré au levé du soleil et la symphonie du soir, au crépuscule des jours longs comme pour exprimer une certaine magnanimité de la nature.

Mustafi, nostalgique de la période pré-révolution confia à son interlocuteur, combien les réalités étaient meilleures, avant que les interventionnistes occidentaux ne foulent aux pieds le labeur de plusieurs  années de sacrifices, de concessions et de compromis. Son espoir était d’apporter sa part de vérité à la lumière du jour. Il pouvait compter sur son ami le romancier, non pas pour transcrire ses idées, mais de construire une logique, de tracer une piste de lecture dans la nébuleuse d’informations que les médias ont relayées en boucle en ces temps-là. Il se devait de la raconter pour devoir de mémoire et surtout au nom de la parole donnée.

«- Demain je te dirai des choses qui, je l’espère, t’inspireront un nouveau livre. Il faut que la vérité se sache. Je l’ai promis à Mouammar. Je l’ai promis au GuideJe te parlerai du Guide, pas comme on en parle sur les chaînes de télévision européennes. Je te parlerai également de sa relation avec le président français. Mouammar venait souvent chez moi. Il était encore venu me voir au plus fort de la traque française et onusienne. Je lui ai promis un livre sur lui. Un livre pour relayer la vérité. Un livre que je te prierai d’écrire. Voilà ! Quant à ce que la presse internationale appelle l’Après Kadhafi, je te le ferai voir. Ainsi, tu auras ta propre idée. 

-Ma propre idée, voilà qui est intéressant. J’y tenais, afin d’écrire mon livre, si jamais l’inspiration me venait, avec loyauté et sincérité, tout en examinant la pertinence de chaque témoignage qui prendra forme dans mon esprit avant de couler à travers ma plume. Car, dans bien des cas, le péril des auteurs est de succomber aux nombreux charmes du style, au risque de manquer d’arguments quant à l’exactitude de ce qu’ils annoncent. »

Kenyon a eu largement le temps de se faire, sa propre idée de ce qui se jouait dans cet espace puisqu’il fut kidnappé avec son ami et hôte, Mustafi. Il connut les horreurs de la guerre, les atrocités sans précédentes qui soulèvent des questions de dignité humaine et pour ainsi dire de graves violations des droits les plus élémentaires que garantissait le Guide, en son temps.

Ce roman se pose comme un état des lieux des avancées de l’humanité dans sa recherche d’un idéal pour un vivre ensemble. Sommes-nous en train d’avancer ou de reculer ? C’est selon… les avis seront forcément partagés ! Et c’est bien là, la preuve que l’humanité est encore loin de trouver les repères pour un vivre ensemble au plan planétaire.

Le personnage de Kenyon, en plus d’être un étranger sur le sol lybien, est de surcroit un Noir. Il a été assimilé de facto a un esclave et son hôte fut accusé de possession d’esclave non déclaré. Chose qui ne choquera plus, plus d’un, puisqu’il y a pas longtemps que des nouvelles de vente aux enchères des esclaves en Lybie a défrayé la chronique.

Minute ! La communauté internationale était censée protéger une population vulnérable et aux aboies !!!? Les supposés vulnérables, sont devenus des bourreaux impitoyables et pervers qui violent et torturent leurs semblables avec les armes de fabrication américaine. Les scènes de mutilations, d’exécutions sommaires, des tableaux de corps sans vie et des restes humains jetés dans des fosses communes portent définitivement la déchéance humaine à son point le plus haut.

Il faut apprécier la recherche d’un langage à la fois accessible et qui rende compte d’un certain réalisme dans la narration. Les images et les analogies sont assez frappantes. Comme pour dire que l’humanité a perdu du terrain en l’Homme, les analogies sont presque faites à partir des figures d’animaux tels qu’hyènes, vautours, etc. Le désert, grand témoins des hypocrisies humaines dont firent preuve diplomates et hommes politiques, sous les tentes divinement décorées, au milieu des sables séculaires, à l’époque où le Guide était encore dans ses heures de gloire, boit à son cœur défendant, le sang des innocents dans une guerre dont on a finit par ignorer la cause première.

Le Guide comme « Le loup » dans « La mort du loup » d’Alfred De Vigny, était « traqué, poursuivi, ses positions bombardées, toutes ses retraites coupées, le Colonel tenait encore sur ses pieds. Le vent violent du désert brûlait son visage en sang. Son cœur battait la chamade et le bruit strident des obus qui écrasaient son convoi de limousines lui perçait le tympan. Au bout de la souricière, face à la mort, sous les huées des insurgés qui, excités, brandissaient et sabres et armes à feu tout en l’outrageant, il laissa entendre : « Ne me tuez pas, mes enfants ! » À cette supplique, ces derniers, quoiqu’aveuglés par la rage, se gardèrent de le lyncher, évitant ainsi de commettre ce qui ressemblerait à un parricide. La vie du Guide ne fut pas épargnée pour autant. Son sort était décidé ailleurs. Quelqu’un, sûrement un infiltré, le saigna à l’abdomen. C’était le coup fatal. Il hurla, puis, fauve qu’il était, se secoua comme pour se débarrasser de la vermine avant de s’effondrer, le museau entre les pattes, sous le regard impuissant du ciel. Lors, dans un geste d’adieu, et, comme une ultime bénédiction, il baisa, de ses lèvres ensanglantées, la terre qui l’a vu naître et dont le sang coule dans ses veines. Puis, il rendit l’âme sans pousser le moindre cri. Alors, porteur de mauvaises nouvelles, le vent s’en alla, propageant, çà et là, la mort de celui qui, au soir du dernier jour de sa vie, comme un appel conduisant à un chemin d‘espérance, était encore plein de promesses. »  Il s’appelait Mouammar. Et je vous le recommande vivement.

kdfi

 

 

Publicités

Concours de Nouvelle: Entre l’égoïsme darwinien et l’altruisme humain, la raison dit de s’engager pour le second

Concours de Nouvelle
Le thème est une citation tirée du livre
PARCOURS
Jacques Dubochet, Prix Nobel de Chimie 2017
« Entre l’égoïsme darwinien et l’altruisme humain,
la raison dit de s’engager pour le second »

Le concours est ouvert à tous, écrivains confirmés et amateurs, amoureux des lettres et des  mots.
L’oeuvre doit être inédite et ne devra pas excéder plus de 10 pages A4, avec l’usage de la
police Arial, Taille 11, interligne 1.5, marge 2.5 cm
La citation
« Entre l’égoïsme darwinien et l’altruisme humain, la raison dit de s’engager pour le second » doit impérativement se retrouver dans le récit.
La nouvelle est à envoyer en format word (.doc, .docx ou .odt) à l’adresse email suivante :
revuedescitoyensdeslettres@gmail.com . Un envoi effectué par tout autre canal ne sera pas pris en considération. Le nom du candidat ne devra pas figurer sur le texte même de la nouvelle.
Le jury est composé entre autres du Prix Nobel Jacques Dubochet et de son éditrice Lia
Rosso (Rosso Editions). Il désignera les 5 nouvelles lauréates du concours.
Le concours est ouvert à partir du
1er août 2018 à 00h00 HNEC.
Le concours se termine le
15 décembre 2018 à 00h00 HNEC.
Les résultats seront proclamés le 30 Mars 2019. Les résultats du concours sont sans appel.
Les 5 nouvelles lauréates seront recueillies dans un ouvrage publié à compte d’éditeur en
juillet 2019 en partenariat avec ROSSO Editions.
Le non respect des contraintes indiquées entraîne l’élimination du concours.
La Revue des Citoyens des Lettres et ROSSO Editions se réservent le droit de ne pas publier
de recueil, si la qualité des textes n’est pas jugée suffisante par le jury.

Téléchargez le support de l’information complète ici

Jean-Jacques Séwanou Dabla et son mal du monde

Anas Atakora

téléchargementDans son œuvre, Pour équarrir l’absolu, le poète québécois  Denuis Saint-Yves souhaitait une poésie de la lisibilité universelle, des hommes et du temps qui passe. Un souhait qui, aujourd’hui,  sonne comme un hommage rendu à Malmonde, le dernier recueil en date du poète togolais Jean-Jacques Séwanou Dabla. Si ce dernier est  un homme discret, son discours littéraire, lui, ne passe pas inaperçu. Dans son cinquième recueil sorti en mars dernier, sa plume rencontre, en effet, le monde, l’homme et le temps dans ce qu’ils ont à la fois de constructif et de destructif. De cette rencontre, émergent les problématiques essentielles de cette œuvre.

On voit d’abord le poète réfléchir à la définition même de la poésie et son importance dans ce monde où le capitalisme est roi. Comment concevoir l’art poétique dans ce monde-là ? Certainement comme une signature de mots-cris, de paroles crues, de mots cuits…

Voir l’article original 857 mots de plus

Un album jeunesse signé Gnimdéwa Atakpama

traversée de la littérature togolaise

Depuis l’album de Gustave Akakpo, Le Petit monde merveilleux ( Paris, Grasset Jeunesse, 2007), aucun auteur togolais n’avait publié, à ce jour, un album jeunesse qui attire autant l’attention par la qualité du travail éditorial. Celui de Gnimdéwa Atakpama est une bonne nouvelle pour le genre, confondu à tort souvent avec l’art de la Bande Dessinée. 

Voir l’article original 283 mots de plus

(1_APLA) ANTHOLOGIE DE POESIE EN LANGUES AFRICAINES — CONSTITUTION DU COMITE DE LECTURE

 

De tout temps, les Africains ont inventé des écritures, que ce soit pour communiquer avec des forces transcendantes ou simplement conserver leur mémoire. Depuis l’Égypte jusqu’à l’Afrique Australe en passant par l’Afrique de l’Est et l’Afrique Centrale, la créativité scripturale des Africains n’est plus à démontrer.

Pendant la colonisation européenne entamée à la fin du 19e siècle, ils ont inventé de nouvelles formes d’écritures telles que le Shomum, le Bassa, le Bete, le Fula, etc. pour sauver leurs langues, en ayant recours aux signes typiques de leurs civilisations. La conséquence en est que la littérature contemporaine africaine est née dans des langues africaines. Mais, la politique coloniale aura eu pour conséquence néfaste de réduire, voire interdire leur enseignement, et par conséquent leur écriture.

D’après, l’UNESCO, des centaines de langues africaines sont en cours d’extinction. Il s’agit bien d’une catastrophe de la même ampleur que le réchauffement climatique. Nous ne pouvons y assister sans rien faire. Aussi, nous avons décidé de lancer une anthologie de poésie en langues africaines. C’est la première fois qu’une initiative pareille est prise dans l’espace francophone par des Africains et des Africaines.

Afin de piloter ce projet, nous sommes à la recherche de bénévoles pour constituer le comité de lecture. Le rôle de cet organe sera de lire et de sélectionner les poèmes reçus en langues africaines et en français, la traduction étant assurée par l’auteur lui-même.

Nous vous convions vivement à rejoindre ce projet qui va marquer notre temps. Pour ce faire, nous vous prions d’envoyer une lettre de motivation de minimum 10 lignes ainsi qu’une présentation (CV allégé) à l’adresse suivante : revuedescitoyensdeslettres@gmail.com. La date limite d’inscription est le 31 octobre 2018.

Pour la Revue des Citoyens des Lettres
Timba Bema

Liste des partenaires :
Teham Editions

Pays concernés :
Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, Centrafrique, Comores, Congo, Congo (RDC), Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Gabon, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Équatoriale, Mali, Madagascar, Maroc, Île Maurice, Mauritanie, Niger, Rwanda, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Tunisie.